JOURNÉE DE RENTRÉE DU COURTIL
SAMEDI 1er SEPTEMBRE 2018
Leers-Nord - nouvelle Chapelle
Leers-Nord - nouvelle Chapelle
La gourmandise du surmoi
Programme
13h30 : Accueil
13h45 : Introduction, par Philippe Hellebois
14h00 : Séquence 1 (Sanaa Sadatte)
Jérôme Foviaux, Stéphane Houziaux, Raffaella Marazzo, Séverine Olivieri,
15h30 : Séquence 2 (Catherine Heule)
Lena Burger, Joséphine Duquesnoy, Raquel Mata, Judith Zabala
16h30 : pause café
17h00 : Séquence 3 (Carina Faria)
Cristina Borgianini, Charlotte Mahé
18h00 : Guy Poblome, à propos de la Cellule de consultations
18h15 : Conclusion par Philippe Bouillot
Fête et repas à partir de 19h00
Argument
Philippe
Hellebois
La gourmandise du surmoi
« Le
surmoi est lié à la jouissance pure, c’est-à-dire à la non-castration »,
Jacques Lacan, [1]
Notre
prochaine journée de rentrée sera consacrée au surmoi, plus précisément à ses
effets dans notre pratique quotidienne au Courtil.
Comme le dieu
Janus, le surmoi a deux visages : le premier fut décrit par Freud et le
second par Lacan. Freud y reconnaissait sous les espèces de l’autorité
introjectée, de la conscience morale, un maître bien plus sévère que celui que
l’on rencontre au-dehors – dans la rue, au travail, en famille, etc. En effet si
tromper ce dernier est assez facile – la transgression aura toujours de
l’avenir –, échapper au maître que l’on a en soi est une toute autre affaire,
celui-ci sachant non seulement ce que l’on fait, mais aussi et surtout ce que
l’on pense. Freud remarquait ainsi que l’on se sentait coupable, non pas
d’avoir commis tel ou tel forfait, mais simplement d’en avoir eu le désir. Et
comme la force du désir croît avec son refoulement, le surmoi sera d’autant
plus sévère que le sujet est vertueux. Ce maître est donc inexorable et
infernal puisque c’est à lui obéir que ses exigences augmentent. Comme à lui
aussi l’appétit vient en mangeant Freud le qualifia de gourmand ! [2]
Le surmoi de
Lacan fait encore un pas de plus puisque la jouissance n’y est plus interdite,
mais obligatoire : « Rien ne force personne à jouir, sauf le surmoi.
Le surmoi, c’est l’impératif de jouissance – Jouis ! »[3] Alors
que Freud appuyait volontiers sa démonstration sur Kant et son impératif
catégorique, Lacan y rajoutait Sade pour montrer à quel point cette figure du
surmoi est obscène et féroce.
Si les champs
sémantiques de gourmandise et de gourmet se différencient – le gourmet
déguste alors que le gourmand est goinfre –, leur étymologie, bien qu’obscure,
propose une base commune sous les espèces de
gourm (gorge, remontant au
latin calamus, trachée-artère) bien
faite pour rendre sensible l’importance du corps et de ce que Freud appelait
les zones érogènes. Cette bouche avide et insatiable surgissant de tout ceci ne
peut-elle pas nous évoquer une réalité plus ou moins quotidienne au Courtil ?
Ah ces goûters où nombre de jeunes s’abîment dans le pot de Nutella … ! Le
cinéaste japonais Myazaki a interprété cette conjoncture de façon inoubliable
dans Le voyage de Chihiro en une
scène où l’on voit les parents du petit héros devenir eux-mêmes le cochon
qu’ils dévorent !
Le surmoi
nous emmène donc bien plus loin que la jouissance phallique qui trouve sa
limite dans la détumescence. Ce bien plus
loin que Lacan qualifie de jouissance pure et de non-castration peut aussi
se dire en plus d’un seul sens : celui de la jouissance du père réel de Totem et Tabou, noté par Lacan comme
ceci : il existe un x qui dit non à φ
x, et celui de
φ 0. Le premier se situe par rapport à la fonction
phallique, le second l’ignore irrémédiablement.[4] La
clinique qui se fait au Courtil se situera sans doute beaucoup plus facilement
dans le second champ, mais n’oublions pas que le surmoi affecte aussi
l’institution et son personnel dans les moments plus compliqués. Ne
faisons-nous pas une journée de rentrée pour que notre travail soit joyeux, et
que jamais le dégoût ne nous rattrape ?
[1] Lacan,
J., D’un discours qui ne serait pas du
semblant, Texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2006, p. 177-178.
[2] Lacan,
J., « Télévision », Autres
écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 530
[3] Lacan,
J., Encore, Texte établi par J.-A.
Miller, Paris, Seuil, 1972, p. 10
[4] Sur ce
point voir Miller, J.-A., « La clinique lacanienne », Leçons des 24
février et 14 avril 1982. Inédit.