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Journée de rentrée 2025

Après-midi de rentrée du Courtil 

L'amour dans la clinique

Samedi 30 août 2025 13h15

L'argument et le programme

L'ARGUMENT 

La thèse centrale de Lacan sur l'amour est que l’amour, ce n’est pas faire du un. En dépit des formes extrêmes que peut prendre l’amour qui se voudrait « unitif », l’amour-passion, la folie d’amour ou l’érotomanie délirante, il n’en demeure pas moins que la fusion de deux en un est logiquement impossible. C'est notre point de départ éthique. 

Notre thème de travail, "l'amour dans la clinique" concerne autant l'intervenant que le sujet auquel il s'adresse mais dans un sens opposé. Pour le sujet, c'est l'amour qui fonde le transfert mais c'est un amour qui s'adresse au savoir. L'intervenant cherchera à se faire passeur de l'amour au savoir ce qui implique de ne pas en rajouter sur l'amour. 

L'amour n'est pas le fin mot de la clinique, il est une passion de l'âme au côté de la haine ou de l'ignorance. Ainsi l'intervenant veille à ne pas saturer la place d'objet d'amour à laquelle il se trouve convoqué. Il se prête au transfert mais aux fins de laisser la partie se jouer avec le savoir. C'est ce que nous appelons les ateliers qui sont censés nouer transfert et savoir. 

L'amour dans la clinique de la psychose doit être pensé à partir d'un Autre absolutisé par le sujet, un Autre situé dans une hétérogénéité radicale d'avec lui, un Autre qui efface tout autre altérité possible, l'amour « unitif » par excellence, ce qui faisait dire à Freud que le délirant aime son délire comme lui-même. Il pense que l'Autre lit dans ses pensées, qu'il habite ses pensées, qu'il commande ses pensées, il se le représente comme sachant tout. La pointe extrême de l'amour dans la psychose c'est l'érotomanie, certitude d'être aimé de l'Autre qui se retourne en passion haineuse.

C'est pourquoi dans la pratique à plusieurs une telle insistance est mise sur notre position désirante, càd manquante. Nous nous présentons au sujet comme Autre barré, manquant, ne sachant pas. Notre désir est un étrange désir de savoir car il suppose d'entretenir un rapport au savoir soutenu qui se fonde sur la passion de l'ignorance. La docte ignorance que Lacan promeut est précise, et porte sur le fait de prendre chaque cas, comme s’il était le premier, comme échappant aux catégories déjà établies, aux savoirs institués. C’est une invitation à prendre le cas, non pas pour illustrer ce que l’on sait déjà, mais dans la nouveauté qu’il présente et qui interroge le concept. C’est une invitation continue à la formalisation et à interroger sans cesse la doctrine. C'est pourquoi nous introduirons chaque table par le développement d'un concept. 

L'institution ne sait pas tout, ne peut pas tout, ne veut pas tout - c'est à cette condition qu'elle peut accueillir la parole du sujet dans le creuset de son manque. C'est aussi à cette condition que l'on modère les accents érotomaniaques, persécutifs ou paranoïsants de l'amour. 

A partir de ce point qui concerne tout un chacun dans sa position d'intervenant, nous pouvons alors aborder la question de l'amour telle qu'elle se présente pour le sujet auquel nous nous adressons. Nous verrons alors qu'une relation amoureuse est possible mais qu'elle risque sans cesse d'abolir l'aimant comme sujet, en tant qu'il entretient une relation extatique à l'Autre. C'est ainsi que Lacan peut écrire dans le Séminaire sur les psychose que cet amour est aussi un amour mort. 

Nous poserons donc dans chaque cas la question de la manœuvre du transfert opérée pour ouvrir à une mise au travail du symptôme qui nécessairement vient barrer la route à un amour absolutisé, sans dialectique. Par cette voie nous chercherons à "faire l'amour plus digne que le foisonnement de bavardage qu’il constitue à ce jour” »

DH


LE PROGRAMME 

13H15 : Accueil

13h30 Ouverture : Dominique Holvoet

13h40 Introduction : L'érotomanie, Rozenn Lincoln 

14h00 Table 1 : présidence, Perrine Raoul  

   Aimer c'est donner ce qu'on a pas  -  l'objet a, Virginie Leblanc   

   2 cas cliniques

  • par Christelle Vanderheyde   
  • par Mansoura Tenani   

15h15 : pause café

15h45 Table 2 : présidence, Hélène Coesnon 

   Tu  aimeras ton prochain comme toi-même -  le surmoi, Yves Vanderveken   

   2 cas cliniques

  • par Héloïse Wallerand  
  • par Elise Lebourg  

17h00 Table 3 : présidence, Blandine Gal   

  Faire l'amour plus digne - le transfert, Céline Poblome Aulit   

  2 cas cliniques

  • par Claire Tricault    
  • par Elise Lamproye 

18h00 Conclusion : Thomas Roïc  

Discutants : Julie Soffmacher, Juliane Wedekind, Caroline Pintiaux et l'ensemble des participants

Avec l'ensemble du personnel, l'après-midi sera suivie d'un drink de rentrée, d'un repas et d'une soirée 

 

 
 

Journée de rentrée 2024

 Journée de rentrée

31.08.2024 - 13h00

Circulation Battement Coupure

argument par Maïté Masquelier


Qu’il y ait un ailleurs au Courtil, est un principe que nous avons toujours soutenu, que l’institution ne soit pas le seul lieu de résidence pour un jeune, qu’il y ait un autre lieu. En outre, nous constatons dans notre clinique, l’effet d’apaisement que cet ailleurs produit chez bon nombre de sujets, les études de cas en témoignent : la circulation y est souvent évoquée comme une façon dont un sujet se défend du réel.
La situation politique et financière et leurs conséquences pour nos institutions nous imposent de revisiter ce principe puisque nous sommes tenus d’accueillir des sujets à temps complet, et dès lors sans autre lieu.
Ainsi, nous proposons d'étudier lors de notre journée de rentrée, ce qui, dans l'introduction d'un ailleurs, opère comme traitement de la jouissance. Quels sont les tenants et aboutissants de ce principe ?  S’agit-il nécessairement d’un extérieur ? 
Avançons déjà que cela implique un déplacement des corps. Dans sa forme la plus “simple”, nous pouvons penser au battement. Le battement introduit l’opposition symbolique et par là le découpage temporel et spatial : ici – là-bas, dedans – dehors, entrer – sortir, maintenant - après, jusqu’à là - pas là qui insuffle du manque. N’est-ce pas une prémisse à mettre au cœur de la circulation ? Un mouvement supportant le passage d’un seuil, d’un lieu à l’autre… vers un autre lieu. 
Se déplacer suppose également qu’il y ait séparation, coupure, rupture. La fugue en est le paroxysme comme extraction au regard d’un trop. Quitter un lieu pour un autre, s’extraire est, ne fût-ce que pour un temps, une manière de traiter l'excès de jouissance logé en un point. Nous usons dans nos interventions de cette pratique comme désamorçage sur le vif mais également en fixant divers rendez-vous, instillant un circuit, un programme qui décerne une assise plus sereine au sujet. 
Bref, Comment un sujet va-t-il se servir de l’institution comme lieu de passage, de cheminement dans son parcours de vie ? Comment circule-t-il ? Comment déplace-t-il son corps? Quelle opération va-t-il mettre en place? Comment suivre pas à pas  l’usage singulier qu’un sujet fait de sa circulation pour s’inscrire dans le monde ? 


Pour en savoir un peu plus, nous vous donnons rendez-vous ce samedi 31 août dès 13h à la sacrée Chapelle !




 

Journée de rentrée 2023

Samedi 2 septembre 2023

Dans la Sacrée Chapelle de 13h00 > 17h30

Directrice de la journée : Elaine Collard

Présidentes de table : Maïté Masquelier, Perrine Raoul et Ludivine Vanderstichel

Journée de rentrée 2022

 

Journée de rentrée du Courtil 

Samedi 3 septembre 2022
13h00 à 17h30

(suive de la fête du personnel)

Sacrée Chapelle

Logique de la sortie

Argument par Christelle Vanderheyde

Alors que l’éjection est dans l’air du temps, nous constatons qu’elle n’épargne pas la question de la sortie. De plus de plus de sujets sont poussés à la sortie par l’Autre social qui estime que « le sujet a fait son temps », galvaudant ainsi la logique du sujet et son urgence subjective, au profit d’une logique pour tous. C’est au nom du droit universel au bien-être qu’il est temps, plus que temps, pour le sujet de quitter le nid et s’insérer dans le monde. Sauf que la sortie n'est pas de cet acabit ! Mais alors qu’est-ce que la sortie de l’institution ou d’un groupe vers un autre ? Et de quoi répond-t-elle ?

La langue française nous enseigne qu’elle est passage, issue, départ, tour ou brusque emportement. Aussi acte de quitter le circuit ou la scène. Toutes ces déclinaisons se rencontrent, mais se spécifient d’être prises une par une dans la logique du cas, donnant une couleur radicalement singulière à la sortie : en effet, la sortie est Une ! D’où le choix éminent du singulier du titre : pour une sortie, il existe une logique. La sortie est ainsi unique, taillée sur mesure car elle s’extrait de la logique du cas : pour chaque sujet, un objet cause détermine un parcours, marqué de répétitions, de ce qui ne cesse de s’écrire. C’est à partir de là, que nous posons que la sortie se prépare dès l’entrée en institution. Il y a en effet un véritable effort à construire la logique du cas, c’est-à-dire à repérer dès les premiers temps de l’admission les coordonnées qui orientent le sujet et qui donneront un certain ton à la sortie. Un certain, dis-je, car la répétition se cogne fort heureusement à la contingence.

Je cite Lacan[1] qui articule ici destin et contingence : « ce sont les hasards qui nous poussent à droite et à gauche, et dont nous faisons notre destin, car c’est nous qui le tressons comme tel… Nous sommes parlés, et, à cause de ça, nous faisons, des hasards qui nous poussent, quelque chose de tramé ». Entre automaton et tuche, le sujet trace sa route jusqu’à une issue (qu’il a à faire sienne). Formulée à partir de ces deux termes, la sortie vient se situer dans ce battement entre répétition et contingence. Autrement dit, pour chaque sujet en institution, demandons-nous comment faire exister un battement pour résister au destin, malgré la puissance signifiante de ce qui se trame, en favorisant les bonnes rencontres. A partir de la contingence de la rencontre institutionnelle, comment un sujet désarimé peut-il faire usage de ses trouvailles, élaborées tout le long de son parcours, pour poser (et supporter) l’acte de la sortie ? Comment le sujet s’en sort quand il bute sur un forçage, qu’il soit réel quand l’autre met fin brutalement à la prise en charge ou qu’il soit imaginaire quand la logique du sujet ne peut qu’imputer à l’autre une volonté malveillante qui ne peut se résoudre que par sa propre éjection sous le mode du passage à l’acte, à l’accent paranoïde ?

Si la sortie est enchainée à la logique intrinsèque qui lie le sujet à son objet, dans sa rencontre avec la contingence qui bouscule, elle ne peut non plus se détacher du temps logique.

Ce dernier ne relève pas d’une succession d’événements linéaires, en ce sens il s’oppose à la chronologie. La sortie n’est donc pas une affaire de chronologie ! Personne ne sort parce qu’il a fait son temps, même s’« il faut le temps »[2]. Le temps prend ici une autre fonction, celle de l’évènement qui d’un même mouvement, ferme une porte et en ouvre une autre. De fait, le temps logique est discontinu, il procède par « motions suspendues[3] » dont Lacan fait valoir que « ce par quoi elles sont signifiantes, est constitué non par leur direction, mais par leur temps d’arrêt [4]». Ce sont donc des scansions qui marquent un point d’arrêt, essentielles à rompre avec le temps d‘avant. Temps qui se présentent, dans le temps logique, au nombre de trois : l’instant de voir, le temps pour comprendre et le moment de conclure. Le premier touche à l’instantané, le second à la durée et le troisième au mouvement. Dialectique entre ces trois temps, le temps logique suppose une évidence fulgurante, un parcours et un acte produit dans le mouvement de la hâte. Il y a en effet urgence à conclure, il y a un acte à poser pour que cesse la répétition. Le sujet a à se mouvoir, s’avancer, se glisser dans l’interstice créé par le temps de conclure car « dans ce battement, il y a une éclipse qui saisit l’acte[5] ». L’acte se conjugue ainsi avec la sortie, il se confond avec elle hâtivement.  Et il ne s’agit pas de louper cet interstice au moment où il se présente !

Ces trois temps qui opèrent dans la cure, sont-ils repérables dans le trajet du sujet en institution ? Comment le sujet peut-il saisir ces moments dans un abord hautement singulier ? Que se passe-t-il quand les scansions sont absentes ? Quand le moment de conclure est forclos par le sujet ?

Sans scansion, le discours tourne en rond, dans la métonymie éternelle, où les effets de séparation disparaissent. Quelles sont alors les manœuvres transférentielles à opérer pour sortir de l’éternité, ouvrir un tant soit peu à la séparation ? Quel doux forçage instituer ?

Toutes ces questions qui traversent cet argument seront au cœur des travaux de notre journée, tout autant qu’elles sont vives dans notre travail quotidien auprès des sujets accueillis en institution… pour un temps, que nous voulons logique.

 

Christelle Vanderheyde

Juillet 2022.

 

 

[1] Jacques Lacan, Le séminaire XXXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p.162

[2] Jacques Lacan, « Radiophonie », Scilicet, n°2-3, Paris, Seuil, 1970, P78

[3] Jacques Lacan, Ecrits, « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée », Paris, Seuil, 1999, p. 200

[4] Jacques Lacan, Ecrits, op. cit., p. 201

[5] Véronique Herlant, « Dépliages », Ironik ! 45, mars 21 p.5

Journée de rentrée 2021

4 septembre 2021 de 13h00 à 18h00

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Interprètes de l'inclusion

Argument, par Christophe Le Poëc

« Qu’il [le psychanalyste] connaisse bien la spire où son époque l’entraîne dans l’œuvre continuée de Babel, et qu’il sache sa fonction d’interprète dans la discorde des langages. » (1)

 « L’inclusion » est le mot. Un signifiant maître d’aujourd’hui. Le droit à l’inclusion a été tout récemment inscrit dans la constitution belge, tandis que le Comité européen des droits sociaux a condamné le pays pour « manque d’efforts consentis à l’inclusion scolaire des élèves en situation de handicap intellectuel ».

Ce signifiant touche et discute nos pratiques. Il fait vaciller les dispositifs — services résidentiels pour jeunes,  établissements  d’enseignement  spécialisé,  dispositifs  d’intégration  –  et  le  lien  social  qui  s’y construit dans le temps et avec l’expérience des acteurs de terrain… Un certain malaise se fait jour quand l’inclusion prend la forme d’une injonction non interrogeable et que la réponse politique consiste en un plus de rhétorique inclusive, plus de recommandations techniques et moins de moyens humains. (2)

Commençons par le lire, ce mot. Il y a l’intégration, où l’on demande au sujet de s’adapter aux codes de l’Autre, l’exclusion, où le lien est rompu, la ségrégation, où l’on construit du même pour rassembler autant que séparer et l’inclusion, où l’on réclame que l’Autre de la norme s’adapte au sujet.

Selon son fondateur, Alexandre Stevens, le Courtil se devait de construire une institution différente pour chaque sujet. C’est une orientation qui discute la norme en profondeur et met l’accent sur le singulier du lien et de la rencontre. En cela, la dimension de l’inclusion, entendue comme une manière d’adapter la norme au sujet, nous semble être proche de ce que nous mettons en place depuis déjà de nombreuses années. 

Comment se fait-il alors que la rhétorique qui accompagne ce signifiant et les applications politiques qui en découlent nous apparaissent tant travailler contre notre manière de soutenir les élaborations et les chemins singuliers qu’entreprennent les jeunes sujets que nous accompagnons ? Comment se fait-il que nos institutions et les établissements d’enseignement spécialisé se retrouvent être taxés de lieux ségrégatifs ? L’accès à une instruction particularisée et de qualité, ainsi qu’à un lien social qui prend en compte la spécificité de chacun se réduit-il à l’inscription dans un établissement scolaire ordinaire ?

S’il est évident que le désir d’inclusion est ancré dans un terreau humaniste, dont on ne peut que se sentir proche, il porte en lui des points de tension qui nous forcent à complexifier notre façon de l’entendre.

L’un des principaux vecteurs de l’éducation inclusive est ce qu’on appelle les BEP, « besoins éducatifs particuliers ». Considérer la dimension de l’éveil du savoir par le prisme du besoin expose pourtant l’élève  « à être parlé plutôt qu’à parler lui-même. » 3   L’exigence de caractériser les dits besoins mène à une inflation des  étiquettes  diagnostiques  et  les  protocoles  associés  ont  pour  effet  de  dessaisir  les  acteurs  locaux, enseignants, parents, éducateurs, de leur expérience réelle et de leur savoir-faire quant à l’accueil de la singularité. 

Interprètes de l’inclusion. Nous avons choisi pour cette journée de rentrée d’associer ces deux signifiants comme une première interprétation. Inclusion, car nous décidons de faire de ce terme l’un des nôtres. Interprètes, au pluriel et dans toute sa polysémie, car il s’agira autant d’élucider, de traduire, de transmettre que d’entendre une clinique de la variété des modes de présences en acte « dans la discorde des langages ».

télécharger l'argument

(1) Lacan Jacques, Les Écrits, Le Seuil, 1966, Paris.               
(2) Le Soir, 21 avril 2021, réforme de l’enseignement vers une école inclusive qui exclut.          
(3) Kohout-Diaz, Magdalena, L’éducation inclusive, Un processus en cours, Eres, 2018, Toulouse.







Journée de rentrée du 5 Septembre 2020


« Présence du sexe »[1] 
Sexualité et sexuation

Argument
J’arrache à la note qui vient conclure « L’allocution sur les psychoses de l’enfant »[2] cette expression de Lacan, « Présence du sexe », non pas pour la commenter dans son contexte précis, mais pour essayer d’approcher l’objet de notre journée de rentrée. Chacune, chacun de nos collègues va traiter à sa manière de ce qu’il a rencontré dans son travail de « la présence du sexe ».
Ce n’est pas un objet tout à fait comme un autre et il est frappant qu’il n’ait jamais été abordé directement lors de nos journées de rentrée.
La psychanalyse n’a pas scandalisé, insiste Lacan, parce qu’elle a mis en valeur le rôle de la sexualité (elle a contribué plutôt à en banaliser la notion) mais parce qu’elle « introduisait en même temps que cette notion, et bien plus encore qu’elle, ses paradoxes, à savoir que l’approche de l’objet sexuel présente une difficulté essentielle qui est d’ordre interne »[3]. Cette difficulté interne à la sexualité tient à ce que l’objet qui sert à l’apaisement de la pulsion est ce qu’il y a de plus variable et de moins programmé dans le montage pulsionnel. Il n’y a donc pas d’accord préétabli entre l’objet et la pulsion et l’être parlant doit se débrouiller comme il peut avec cette boiterie à l’aide de fantasmes ou de tenants lieu de fantasme. Voilà le vrai scandale : la touche bizarre de la sexualité humaine dans son choix d’objet. « Bizarre, vous avez dit bizarre » ! Une représentante[4] des études queer[5] formule cela très bien : « Sexuality perhaps can only mean queer sexuality »[6].
Le terme de sexuation lui, a été introduit plus tardivement par Lacan pour désigner non plus le choix d’objet mais le choix (certains n’y voient qu’une assignation) d’un mode de jouissance du sujet, autrement dit son genre quel que soit son sexe anatomique. Reste qu’assumer ce choix ne va pas de soi. Il s’agit de se débrouiller avec les jouissances du seul corps qu’on a.
L’air du temps est à la liquidation ou à la liquéfaction du binarisme homme-femme et de l’attribution rigide de l’autre sexe comme objet. Il promeut un nuancier infini de positions de jouissance comme de choix d’objet.
C’est entre sexualité et sexuation, entre choix d’objet et choix de position de jouissance que se nouent les inventions et les interventions singulières qui nous seront rapportées.

Philippe Bouillot
Directeur de la journée de rentrée 2020



[1] J. Lacan, Allocution sur les psychoses de l’enfant, Autres Écrits, Le Seuil, Paris, 2001, p. 370
[2] Idem
[3] J. Lacan, Séminaire IV, La relation d’objet, Le Seuil, Paris, p. 59
[4] Eve Kosofsky Sedgwick, citée par F. Fajnwaks in “Vers une multitude de sexes ? », Socio, 9-2017
[5] “bizarre”
[6] « Peut-être que « sexualité » ne peut que signifier « sexualité queer » ».


Interviendront lors de la journée 
Sous la direction de Philippe BOUILLOT
Présidente de séance Céline Aulit avec Eloise Guilmot, Rozenn Lincoln et Ombline Vergely.
Présidente de séance Brigitte Duquesne avec Joséphine Duquesnoy, Jérôme Foviaux et Laurence Malghem.
Présidente de séance Virginie Leblanc avec Léna Burger, Julien Lecubin et Perrine Raoul.



La journée de rentrée du Courtil s'articule au thème de la journée de l'institut de l'enfant qui est prévue à Paris le 13 mars 2021. Voir le site de l'institut de l'enfant pour les travaux préparatoires
                               


Journée de rentrée 2019


Journée de rentrée du Courtil
Samedi 7 septembre 2019 de 13h00 à 18h00
Suivie de l'inauguration de l'Ancrier et d'une soirée festive 


Quand le savoir fait mouche


          Si notre journée de rentrée ne traitera évidemment pas du petit insecte bourdonnant qui prolifère en ces premiers jours d’été, elle n’en sera pas moins liée pourtant à une certaine forme d’entêtement : quoi de plus bruissant que le langage qui nous traverse et transperce surtout les résidents du Courtil ? Le savoir est d’abord une réponse, mais qui fait trauma, à un tel épinglage, et on saisit d’emblée à quel point les différents centres d’intérêts développés par les jeunes ne s’indexent pas à un quelconque apprentissage. Bien plutôt, si le savoir fait mouche, c’est en ce qu’il touche juste le cœur de la cible du parlêtre, saisit le corps, surgit, comme l’écrit Lacan « en un éclair »[1]. Et pourtant… il y a l’école, l’Ancrier, l’Éveil, les ateliers, soit autant de dispositifs où ce savoir s’échange, circule, se transmet, facilement ou pas.

          Aussi s’agira-t-il d’interroger ce qui se joue là, les points de convergence ou de divergence dans ces différents lieux et moments de rencontre entre un jeune et un intervenant, dans un dispositif favorisant la singularité le plus souvent : au Courtil, pas de savoir prémâché, mais l’accompagnement dans ces savoirs qui concernent les jeunes de la manière la plus intime. Comment corréler cela au parcours scolaire ? comment se nouent savoir proposé par l’autre et « affinités »[2] du sujet ? Tous les savoirs se valent-ils et méritent-ils d’être soutenus ?

          La question du transfert se révélera donc sans doute centrale, comme celle du maniement très subtil qu’il s’agit d’opérer de la part des intervenants : quand le sujet est justement le maître du savoir, qu’il a l’idée que l’Autre lui veut quelque chose, cet objet qu’il a « dans la poche »[3], comment accompagner le jeune dont l’apprentissage n’est pas corrélé au manque, et à la castration ? Cela suppose une position précise par rapport à la demande, à l’offre, à l’inscription dans ces dispositifs.

          C’est donc bien du traitement du réel auquel auquel ont affaire les résidents par le savoir qu’il s’agira d’explorer au cours de cet après-midi, celui qu’ils amènent avec eux, celui qui fait rencontre entre un intervenant et un jeune, mais aussi celui qui nous réunira comme chaque année pour élaborer et construire ensemble la façon la plus éthique de nous tenir et d’intervenir auprès d’eux, notre gay savoir[4] à nous !

Virginie Leblanc



[1]     CF Lacan Jacques, « Savoir quelque chose, n’est-ce pas toujours quelque chose qui se produit en un éclair ? », « le savoir, c’est ça – on vous présente des choses qui sont des signifiants, et, de la façon dont on vous les présente, ça ne veut rien dire, et puis, il y a un moment où vous vous dépêtrez, tout d’un coup, ça veut dire quelque chose, et celui depuis l’origine, Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à l’autre, Seuil, 2006, p. 200.
[2]     CF Affinity therapy, Nouvelles recherches sur l’autisme, Perrin Myriam (dir.), PUR, 2015.
[3]     Lacan J., « Petit discours aux psychiatres de Sainte-Anne », Cercle d’études psychiatriques H. Ey, conférence inédite du 10 novembre 1967.
[4]     CF Lacan, « Télévision », Autres Écrits, Paris, Seuil, 2002.

           

Journée de rentrée 2018

JOURNÉE DE RENTRÉE DU COURTIL
SAMEDI 1er SEPTEMBRE 2018
Leers-Nord - nouvelle Chapelle

La gourmandise du surmoi


Programme 
13h30 : Accueil
13h45 : Introduction,    par Philippe Hellebois
14h00 : Séquence 1 (Sanaa Sadatte)    
Jérôme Foviaux, Stéphane Houziaux, Raffaella Marazzo, Séverine Olivieri,   
15h30 : Séquence 2 (Catherine Heule)     
Lena Burger, Joséphine Duquesnoy, Raquel Mata, Judith Zabala
16h30 :  pause café 
17h00 : Séquence 3 (Carina Faria)      
Cristina Borgianini, Charlotte Mahé 
18h00 : Guy Poblome, à propos de la Cellule de consultations 
18h15 : Conclusion par Philippe Bouillot

Fête et repas à partir de 19h00


Argument 


Philippe Hellebois
La gourmandise du surmoi

« Le surmoi est lié à la jouissance pure, c’est-à-dire à la non-castration », Jacques Lacan, [1]


   Notre prochaine journée de rentrée sera consacrée au surmoi, plus précisément à ses effets dans notre pratique quotidienne au Courtil.
   Comme le dieu Janus, le surmoi a deux visages : le premier fut décrit par Freud et le second par Lacan. Freud y reconnaissait sous les espèces de l’autorité introjectée, de la conscience morale, un maître bien plus sévère que celui que l’on rencontre au-dehors – dans la rue, au travail, en famille, etc. En effet si tromper ce dernier est assez facile – la transgression aura toujours de l’avenir –, échapper au maître que l’on a en soi est une toute autre affaire, celui-ci sachant non seulement ce que l’on fait, mais aussi et surtout ce que l’on pense. Freud remarquait ainsi que l’on se sentait coupable, non pas d’avoir commis tel ou tel forfait, mais simplement d’en avoir eu le désir. Et comme la force du désir croît avec son refoulement, le surmoi sera d’autant plus sévère que le sujet est vertueux. Ce maître est donc inexorable et infernal puisque c’est à lui obéir que ses exigences augmentent. Comme à lui aussi l’appétit vient en mangeant Freud le qualifia de gourmand ! [2]
   Le surmoi de Lacan fait encore un pas de plus puisque la jouissance n’y est plus interdite, mais obligatoire : « Rien ne force personne à jouir, sauf le surmoi. Le surmoi, c’est l’impératif de jouissance – Jouis ! »[3] Alors que Freud appuyait volontiers sa démonstration sur Kant et son impératif catégorique, Lacan y rajoutait Sade pour montrer à quel point cette figure du surmoi est obscène et féroce.
   Si les champs sémantiques de gourmandise et de gourmet se différencient – le gourmet déguste alors que le gourmand est goinfre –, leur étymologie, bien qu’obscure, propose une base commune sous les espèces de  gourm (gorge, remontant au latin calamus, trachée-artère) bien faite pour rendre sensible l’importance du corps et de ce que Freud appelait les zones érogènes. Cette bouche avide et insatiable surgissant de tout ceci ne peut-elle pas nous évoquer une réalité plus ou moins quotidienne au Courtil ? Ah ces goûters où nombre de jeunes s’abîment dans le pot de Nutella … ! Le cinéaste japonais Myazaki a interprété cette conjoncture de façon inoubliable dans Le voyage de Chihiro en une scène où l’on voit les parents du petit héros devenir eux-mêmes le cochon qu’ils dévorent !
   Le surmoi nous emmène donc bien plus loin que la jouissance phallique qui trouve sa limite dans la détumescence. Ce bien plus loin que Lacan qualifie de jouissance pure et de non-castration peut aussi se dire en plus d’un seul sens : celui de la jouissance du père réel de Totem et Tabou, noté par Lacan comme ceci : il existe un x qui dit non à φ x, et celui de  φ 0. Le premier se situe par rapport à la fonction phallique, le second l’ignore irrémédiablement.[4] La clinique qui se fait au Courtil se situera sans doute beaucoup plus facilement dans le second champ, mais n’oublions pas que le surmoi affecte aussi l’institution et son personnel dans les moments plus compliqués. Ne faisons-nous pas une journée de rentrée pour que notre travail soit joyeux, et que jamais le dégoût ne nous rattrape ?









[1] Lacan, J., D’un discours qui ne serait pas du semblant, Texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2006, p. 177-178.
[2] Lacan, J., « Télévision », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 530
[3] Lacan, J., Encore, Texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1972, p. 10
[4] Sur ce point voir Miller, J.-A., « La clinique lacanienne », Leçons des 24 février et 14 avril 1982. Inédit.

Journée de rentrée 2017

JOURNÉE DE RENTRÉE DU COURTIL
Samedi 2 septembre 2017 de 13h à 18h

«  LE CADRE ET LE BORD  »

sous la direction de Céline AULIT
Journée spéciale à l'occasion du départ à la retraite de Véronique Mariage et Alexandre Stevens

 dans les locaux de la HELHA, 23 rue de l'écorcherie à Tournai
La journée sera suivie d'une soirée repas 

Soirée festive à partir de 19h00 au Domaine de Domrémy - 144, Chaussée de Lannoy à 7503  Froyennes.
Maître de cérémonie : Laurence Baye 


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Journée de rentrée 2016

Journée de rentrée du Courtil, 
Avec la participation exceptionnelle de Fabienne HULAK
psychanalyste à Paris

La journée de rentrée du Courtil est l'occasion dès le premier samedi de septembre de marquer la reprise avec une journée d'étude qui lance notre réflexion pour l'année.

Celle du 3 septembre 2016 sera exceptionnelle. Elle se tiendra à Tournai autour de l'exposition itinérante mise sur pied par nos collègues de Saragosse dans laquelle résonnent les créations de sujets autistes avec ceux d'artistes de l'école d'arts locale. Au fur et à mesure de son itinérance l'expo s'enrichit des travaux d'autres sujets qui adhèrent au projet, par exemple dernièrement à Venise et à Bilbao. Elle s'enrichira à Tournai de travaux de jeunes du Courtil. Il s'agit d'une action lacanienne pour défendre la cause de l'autisme dans la singularité que soutient la psychanalyse. 

La journée et l'expo se tiendront à Tournai dans les locaux de la HELHA Communication (école de journalisme) - rue de l'écorcherie n°16 de 9h30 à 16h00. 

Ensuite à 16h30 nous prévoyons le vernissage de l'exposition avec les familles, ainsi que des personnalités. La vice-présidente et ministre de la culture et de l'enfance de la fédération wallonie-Bruxelles, Alda GREOLI,  a annoncé sa présence. 

Compte tenu du nombre limité de places et des invitations que nous souhaitons faire aux collègues d'autres institutions, l'inscription à la journée et au repas de midi est requise. Confirmez dès maintenant via le formulaire votre participation à la journée. Le 30 juillet les inscriptions seront ouvertes aux autres institutions. 

Fabienne HULAK est membre de l'Ecole de la Cause freudienne, maître de conférences au Département de psychanalyse de l’université de Paris 8, consultante à l’EPS de Ville-Évrard. Auteure de nombreux ouvrages sur l'autisme, ainsi que sur la psychose dans son rapport à l'oeuvre.

Sophie Simon, responsable de la journée
Julien Lecubin, responsable de l'exposition
Brigitte Duquesne et Thomas Roïc, responsable de L'accueil des familles
Alexandre Stevens et Dominique Holvoet, pour la Coordination du Courtil