Journée de rentrée 2015

   « Développement de la psychanalyse en institution »   

Journée de rentrée du Courtil - Samedi 5 septembre de 9h30 à 17h00



| ARGUMENT, par Thomas Roic - responsable de la journée | 

La psychanalyse a franchi le seuil de l’institution, flanquée du terme “appliquée” qui indexait celui de “thérapeutique”. La psychanalyse dite “appliquée à la thérapeutique” venait ainsi se différencier de la psychanalyse “pure”, celle-ci visant à un au-delà du soin qui concerne la vérité et les choix propres du sujet.
Il est vrai que la pratique en institution ne suit pas toujours les caractéristiques que tout un chacun attribue au colloque singulier avec le psychanalyste : il est en effet rare de n’être que deux et les conditions du transfert ne sont pas données d'emblée mais nécessitent stratégie et anticipation.
A ces distinctions liées au dispositif, d’autres sont venues s’ajouter : en institution, la pratique viserait l’allègement du symptôme alors que la psychanalyse pure chercherait à toucher l’assise fantasmatique à l’origine de ce qui fait souffrir le sujet, c'est-à-dire son rapport au réel. 
Bref, la rupture était consommée. Et des concepts pour marquer cette distinction se sont affirmés - la “pratique à plusieurs”, etc. - ou des pratiques différentes, à l'endroit du paiement par exemple, ont été observées.
Néanmoins, à l’instar du Nom du père, l’essentialisation de la psychanalyse dans sa forme pure se trouve remise en question au fil de l’élucidation du dernier enseignement de Lacan. “Dans la psychanalyse hors-sens, écrit Jacques-Alain Miller, la différence de psychanalyse pure et psychanalyse appliquée à la thérapeutique est une différence inessentielle.” La distinction entre le symptôme et le fantasme sur laquelle se fonde la précédente opposition tend à se résorber avec la promotion du terme de sinthome.
Dès lors, le cadre général qui sous-tend notre action doit être repensé : le signifiant n'est plus conçu comme ce qui vient mortifier la jouissance mais au contraire comme ce qui la cause. Ce virage à 180° conduit à repenser la pratique : il ne s'agit plus de privilégier la parole, d'en saturer la vie quotidienne mais de repérer dans les différents registres ce qui peut permettre au sujet de border ce qui l'envahit. Plutôt qu'au signifiant, une attention particulière est accordée à ce qui peut introduire une coupure, qu'elle se soutienne d'un objet ou d'une écriture, elle tient au corps parlant.
Il s'agira donc, éclairés par ce dernier temps de l'enseignement de Lacan, de réfléchir à la manière de soutenir, à nouveau frais, l'usage de sa première approche du signifiant attenante à la fonction même de l'institution dont la fonction privilégiée est de réfréner la jouissance. Ce qui ne se réduit pas à une simple mortification mais ouvre possiblement au bon usage des semblants, à l'introduction de la "présence" d'analysants civilisés, voire à l'émergence incalculable de l'acte analytique. 



Thomas Roic






|   PROGRAMME    |



  ·        9h30-11h00 - Séquence 1, responsable : Virginie Leblanc
Concepts classiques de la psychanalyse et travail institutionnel
(fort/da, phénomène élémentaire, Lapsus...)
·         Judith ZABALA,  CPA
·         Annick BRAUMAN, CJA
·         Christophe LE POËC, CAPI-S4

·        11h00-11h30 - pause café

·        11h30-13h00 - Séquence 2, responsable : Dominique Holvoet
La psychanalyse en institution à l'aune du dernier enseignement de Lacan
·         Sophie SIMON, CPA
·         Florence JEGOUSSE, QU4TUOR
·         Yves VANDERVEKEN, EEE

·        13h00-15h00 - repas

·        15h00 -16h30 - Séquence 3 , responsable : Alexandre Stevens
​Conséquences épistémiques pour la pratique​
·         Geert HOORNAERT, CJA
·         Sophie LE GOFF, QU4TUOR
·         Laurence MALGHEM, EEE



·        16h30-17h00 – Conclusion, par Philippe Bouillot






| PHRASES PAR SÉQUENCES |

Chaque intervenant est invité à développer son propos à partir d'une phrase clé extraite d'un texte de Jacques Lacan, de Jacques-Alain Miller et de quelques autres. L'objectif est d'approfondir et renouveler nos repères épistémiques en phase avec la lecture du dernier enseignement de Lacan par Jacques-Alain Miller, sans oublier le premier Lacan.


​Séquence 1, animée par Virginie Leblanc (9h30-11h00)

Phrase 1 (commentée par Judith Zabala)
“Si le petit sujet peut s’exercer à ce jeu du fort-da, c’est justement qu’il ne s’y exerce pas du tout, car nul sujet ne peut saisir cette articulation radicale. Il s’y exerce à l’aide d’une petite bobine, c’est-à-dire avec l’objet a. La fonction de l’exercice avec cet objet se réfère à une aliénation, et non pas à une quelconque et supposée maîtrise, dont on voit mal ce qui l'augmenterait dans une répétition indéfinie, alors que la répétition indéfinie dont il s’agit manifeste au jour la vacillation radicale du sujet.”

Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Le Seuil, 1973, p. 216.


Phrase 2 (commentée par Annick Brauman)
« Une faute ne se produit jamais par hasard. Il y a derrière tout lapsus, pour l’appeler par son nom, une finalité signifiante. S’il y a un inconscient, la faute tend à vouloir exprimer quelque chose [...]
La faute exprime la vie du langage, vie pour le langage étant tout autre chose que ce que l’on appelle simplement vie. Ce qui signifie mort pour le support somatique a tout autant de place que vie dans les pulsions qui relèvent de ce que je viens d’appeler la vie du langage. »


Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Le Seuil, 2005, p. 148.

Phrase 3 (commentée par Christophe Le Poëc)
“Voulez-vous un exemple qui vous montre à quoi peut servir cette enfilade de noeuds pliés qui redeviennent indépendants pour peu qu’on en coupe un seul ? Il n’est pas très difficile d’en trouver un, et, pas pour rien, dans la psychose, Souvenez-vous de ce qui peuple hallucinatoirement la solitude de Schreber - Nun will ich mich... maintenant je vais me... Ou encore - [...] vous devez quant à vous... Ces phrases interrompues, que j’ai appelées messages de code, laissent en suspens je ne sais quelle substance. On perçoit là l’exigence d’une phrase, quelle qu’elle soit, qui soit telle qu’un de ses chaînons, de manquer, libère tous les autres, soit leur retire le Un.”



Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1972, p. 115.


Séquence 2, animée par Dominique Holvoet (11h30-13h00)

Phrase 1, commentée par Florence Jegousse
"La scission des deux psychanalyses, la pure et l'appliquée, repose sur la différence du symptôme et du fantasme." [...]
“Dans la psychanalyse hors-sens, la différence de psychanalyse pure et psychanalyse appliquées à la thérapeutique est une différence inessentielle.”

Jacques-Alain Miller, « Psychanalyse pure, psychanalyse appliquée et psychothérapie », La cause freudienne, n°48, p. 24 et p. 19.


Phrases 2, commentée par Yves Vanderveken
“(...) Le grand secret de la psychanalyse, (...) c’est – il n’y a pas d’Autre de l’Autre”

Jacques Lacan, Le Séminaire livre VI, Le désir et son interprétation, p. 353

“Il n’y a pas d’un côté des analystes qui « travaillent dans des institutions publiques », et d’autres qui le font dans leur « cabinet privé ». Chacun, pour ne pas dire un « tous » qui n’existe pas, « travaille » dans la seule institution en jeu dans l’expérience analytique : l’institution du transfert.”

Miquel Bassols, Présence de l’institution dans la clinique, Pipol news n°4


Phrases 3, commentée par Sophie Simon
“Pour le psychanalyste, l’institution ne se limite ni à une machine à produire de l’aliénation, ni à un appareil de solidification des identifications. Une fois que le sujet a trouvé un apaisement dans un cadre discursif qui se soutient du langage commun, le praticien orienté par la psychanalyse s’applique à défendre la singularité qui résiste au code de l’Autre. Il tente de lire lalangue qui précède la parole du sujet, lettre qui lui permettra de nouer un lien symptomatique qui se passe de l’institution en tant qu’incarnée par le maître.”

Gil Caroz, “Appel à contributions pour les simultanées cliniques de PIPOL 6”


Séquence 3, animée par Alexandre Stevens, 15h00-16h30

Phrases 1 (commentée par Geert Hoonaert)
« D'une certaine façon, les pratiques à inventer dans l'institution refont, à l'envers, les chemins qui ont abouti à nos systèmes d'écriture »

Éric Laurent, « La bataille de l'autisme », Coédition Navarin – Le Champ freudien, 2012, p. 106.


Phrases 2 (commentée par Sophie Le Goff)
«L'interprétation est un dire qui vise le corps parlant et pour y produire un événement, pour passer dans les tripes, disait Lacan, cela ne s'anticipe pas, mais se vérifie après coup, car l'effet de jouissance est incalculable. Tout ce que l'analyse peut faire, c'est s'accorder à la pulsation du corps parlant pour s'insinuer dans le symptôme »

Jacques-Alain Miller, « L’inconscient et le corps parlant », La cause du désir, n°88, p. 114.


Phrases 3 (commentée par Laurence Malghem)
"Comme le dit Lacan : "Ce qui se dit à partir de l'inconscient participe de l'équivoque - qui est le principe du mot d'esprit - équivalence du son et du sens. Voilà au nom de quoi j'ai cru pouvoir avancer que l'inconscient était structuré comme un langage" (Lacan, Le Séminaire XXIV, Leçon du 11 janvier 1977) [...] Il faut donc que le sujet constitue ses modes de traitement de l'équivoque, du bruissement de la langue, par un mode de calcul discret. C'est un calcul qui opère sans le secours de découpages établis, par les routines de l'usage, dans le tissu de lalangue."

Éric Laurent, « La bataille de l'autisme », Coédition Navarin – Le Champ freudien, 2012, p. 98-99.



Conclusion, par Philippe Bouillot (16h30-17h00)