Journée de rentrée 2016

Journée de rentrée du Courtil, 
Avec la participation exceptionnelle de Fabienne HULAK
psychanalyste à Paris

La journée de rentrée du Courtil est l'occasion dès le premier samedi de septembre de marquer la reprise avec une journée d'étude qui lance notre réflexion pour l'année.

Celle du 3 septembre 2016 sera exceptionnelle. Elle se tiendra à Tournai autour de l'exposition itinérante mise sur pied par nos collègues de Saragosse dans laquelle résonnent les créations de sujets autistes avec ceux d'artistes de l'école d'arts locale. Au fur et à mesure de son itinérance l'expo s'enrichit des travaux d'autres sujets qui adhèrent au projet, par exemple dernièrement à Venise et à Bilbao. Elle s'enrichira à Tournai de travaux de jeunes du Courtil. Il s'agit d'une action lacanienne pour défendre la cause de l'autisme dans la singularité que soutient la psychanalyse. 

La journée et l'expo se tiendront à Tournai dans les locaux de la HELHA Communication (école de journalisme) - rue de l'écorcherie n°16 de 9h30 à 16h00. 

Ensuite à 16h30 nous prévoyons le vernissage de l'exposition avec les familles, ainsi que des personnalités. La vice-présidente et ministre de la culture et de l'enfance de la fédération wallonie-Bruxelles, Alda GREOLI,  a annoncé sa présence. 

Compte tenu du nombre limité de places et des invitations que nous souhaitons faire aux collègues d'autres institutions, l'inscription à la journée et au repas de midi est requise. Confirmez dès maintenant via le formulaire votre participation à la journée. Le 30 juillet les inscriptions seront ouvertes aux autres institutions. 

Fabienne HULAK est membre de l'Ecole de la Cause freudienne, maître de conférences au Département de psychanalyse de l’université de Paris 8, consultante à l’EPS de Ville-Évrard. Auteure de nombreux ouvrages sur l'autisme, ainsi que sur la psychose dans son rapport à l'oeuvre.

Sophie Simon, responsable de la journée
Julien Lecubin, responsable de l'exposition
Brigitte Duquesne et Thomas Roïc, responsable de L'accueil des familles
Alexandre Stevens et Dominique Holvoet, pour la Coordination du Courtil




ART, CRÉATION, LETTRE


L'argument, par Sophie Simon, responsable de la journée


Sublimation
Tout au long de son œuvre, Freud s’est interrogé sur la façon de rendre compte de l’origine et de la valeur de la création artistique. En la matière, il s’appuie sur sa théorie de la sublimation et subordonne l’élaboration de ce concept à sa théorie des pulsions sexuelles : via ce processus psychique inconscient, la pulsion sexuelle remplace ses initiaux but et objet par de nouveaux, desquels toute connotation sexuelle ferait défaut, cédant au profit d’une valeur sociale. Cependant, il pointera les limites de la psychanalyse à rendre compte de l’art et de ses techniques par sa seule théorie des pulsions.

Autorisation
Dans les années soixante, Jacques Lacan se dégage de la psychanalyse appliquée à l’art : la psychanalyse s’applique comme traitement au parlêtre et non comme outils d’interprétation des œuvres ou des artistes. Jacques-Alain Miller s’en fait l’écho, jouant à opposer l’interprétation au commentaire : « c’est l’art qui interprète le commentateur [et non l’inverse] en ceci au moins qu’il le fait parler »1. Lacan s’est doncinterrogé sur l’autorisation que se donne la psychanalyse à s’occuper de l’art : « le seul avantage qu’un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position […], c’est de se rappeler avec Freud qu’en sa matière, l’artiste toujours le précède et qu’il n’a donc pas à faire le psychologue là où l’artiste lui fraie la voie »2. Gare aux « psychanalyste[s] en mal d’invention »3 ! Ainsi Lacan a-t-il plutôt choisi de se mettre à l’école de l’artiste, afin d’en « prendre de la graine »4.

Ex nihilo
Dans son séminaire sur L’Éthique de la psychanalyse, Lacan ordonne « la fonction de la sublimation dans la référence à la Chose »5, das Ding, le vide central, que plus tard il « connote du petit a »6 et qui vient désigner une aire défendue : le lieu de la jouissance primordiale, situé au centre de l’économie psychique du sujet, « extimité », « extériorité intime »7. La Chose est centrée par un vide et la création artistique, nous enseigne Lacan, « se caractérise par un certain mode d’organisation autour de ce vide »8, autour de cette part de jouissance, cet irreprésentable, cet innommable – celui-là même que le discours de la science forclot. Ce vide dans la représentation se donne à voir « comme nihil, comme un rien »9 et, à suivre Lacan, cela donne la structure ex nihilo de toute création. Ainsi ce type de création fait lien social en nouant ensemble deux castrations : celle du créateur et celle du spectateur de son œuvre.

Récupérer l’objet ?
Dans son Hommage à Marguerite Duras, Lacan avance que cette dernière a récupéré son objet par son art. Mais si l’artiste suivant le trajet de la pulsion vise, il est vrai, l’objet a, la Chose, il ne fait que les manquer. C’est bien pour cela qu’il n’en a jamais fini avec son œuvre, qu’il la reprend indéfiniment. Élever une création (une sculpture, un tableau, etc.) à la dignité de la Chose, c’est cela, c’est atteindre la représentation de l’objet, mais comme perdu (pensons à cette castration que fait surgir l’anamorphose des Ambassadeurs sur la couverture du séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse).Gérard Wajcman illustre cette thèse dans le champ de l’acte pictural, expliquant que « Peindre c’est perdre, perdre encore une fois »10.

Sinthome
Mais alors, qu’en est-il du créateur psychotique qui n’est pas séparé de ses objets de jouissance, qui ne rencontre pas le vide de la Chose ? Peut-on opposer au concept de sublimation inventé par Freud, celui desuppléance, ou de sinthome, inventé par Lacan pour nommer l’art joycien ? Peut-on considérer que la structure psychotique ait des affinités avec la création et peut-on y discerner une certaine prescience du sujet psychotique qui le guide vers ce qui peut l’apaiser ? Est-ce ce que l’on peut déduire des foisonnantes productions de l’Art Brut, notamment ? Mais n’y a-t-il pas lieu, cependant, d’être prudent face à l’idéalisme causal et la tendance commune à établir un nécessaire lien entre la folie et l’art ou la création ?

Lettre
On en apprend encore un bout sur la pratique de création, avec le concept que Lacan forge en la lettre et ses effets de hors-sens, à partir de son étude sur Joyce. Du côté de la psychose, l’acte de création se répéterait plutôt, non à rater l’objet, mais à tenter de contraindre l’illimité de la jouissance en ce « godet »11 qu’est la lettre – au profit d’une jouissance de calligraphe. Le tracé de celle-ci, qu’il se réalise par l’entremise du dessin, du griffonnage, de la peinture ou de l’écriture tend à réduire, gommer, voire à évacuer ce qui est de l’ordre du sens ou des significations énigmatiques des phénomènes élémentaires. C’est donc une perte que le créateur psychotique tenterait d’écrire, là où le créateur de la sublimation ne fait que la réécrire. La fidélité et l’acharnement de certains sujets psychotiques à ce travail scriptural signel’importance de sa fonction. Et de letters à litters, il n’y a qu’une lettre pour que cela fasse débris : à poubellifier12, publier, ou encore exposer – vidage de jouissance dont la fonction et les effets sont au demeurantà mesurer au cas par cas.

Sophie Simon

1Jacques-Alain MILLER, « Sept remarques sur la création », Lettre Mensuelle de l'École de la Cause freudienne, 68, 1988, p. 9.
2LACAN Jacques, « Hommage fait à Marguerite Duras du ravissement de Lol V. Stein », Autres Écrits, Le Seuil, p. 192-193.
3Jacques LACAN, « Lituraterre », Autres Écrits, op. cit., p. 12.
4Jacques LACAN, Le Séminaire, Livre XXI, « Les non-dupes errent », inédit.
5Jacques LACAN, Le séminaire, Livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, Le Seuil, Paris, 1986, p. 155.
6Jacques LACAN, « Lituraterre », op. cit., p. 16.
7Jacques LACAN, Le séminaire, Livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, op. cit., p. 167.
8Ibid., p. 155.
9Ibid., p. 146.
10Gérard WAJCMAN, « Tableau », La part de l’œil, n°4, 1988.
11Jacques LACAN, « Lituraterre », op. cit. p. 19.
12Cf. « poubellication » : LACAN Jacques, « D’un dessein », Écrits, Le Seuil, Paris, 1966, p. 364.






|   PROGRAMME    |

Ouverture de la journée d'étude à 9h30, clôture à 16h00
Vernissage de l'exposition à 16h30 dans l'auditorium
Drink et petits fours à 17h00